littérature, débat, comité, lecture,

TRIBUNE

LE MYSTÈRE ELENA FERRANTE

Publiée dans «Il Sole 24 Ore», en octobre 2016 une longue enquête tentant de révéler
l'identité d'Éléna Ferrante, écrivaine à succès, auteure notamment de «L'Amie prodigieuse»,
avait soulevé la polémique même parmi les membres du comité de lecture de l'Afivi.

Ils en ont débattu lors de leur dernière séance.

Séance du 17 janvier consacrée à Elena Ferrante

Vous trouverez ci-dessous un aperçu des débats sur l'œuvre de l'auteure et les polémiques suscitées par son anonymat. Également les commentaires concernant ses livres  : l'amica geniale (l'amie prodigieuse) et l'amore molesto.

Un débat passionné

 

Tous les présents avaient lu au moins un roman d’elle – et ce fut une belle mêlée !

Il y a ceux qui pensaient que son premier roman, « L’Amore molesto » avait été écrit, au moins en partie par son mari, Domenico Starnone, un auteur connu, de par son style viril !!

D’où l’intérêt d’écrire sous pseudonyme. Non sans le trouver assez unanimement déplaisant !

A propos de « L’amie prodigieuse » et suite, il y avait ceux qui trouvaient son écriture fluide et son histoire prenante , riche et psychologiquement finement détaillée ; et ceux qui ont trouvé l’écriture plate et l’histoire au niveau du photo-roman dont raffolaient les Italiens il y a quarante ans (ou plus ??).

Il y a ceux qui trouvaient le contexte sociopolitique très bien décrit (notamment, à partir du tome II, la petite mafia de base, minable mais brutale) ; d’autres qui contestaient son aptitude à décrire un Naples qu’elle avait quitté à 3 ans sans y revenir !! Incapable d’écrire une phrase en dialecte napolitain. Fi donc!

Ce qui est sûr à voir ce débat passionné c’est que Elena Ferrante , qu’elle soit ou non Anita Raja, déchaîne les passions et les controverses …et c’est cela un roman à succès, non ??

Pour faire enrager ses détracteurs, j’ajoute que les quatre tomes  sur la vie mouvementée de Lila et Elena seront bientôt adaptés sur le petit écran, Canal + ayant racheté les droits d’infliger aux dits-détracteurs la vision imagée du roman photo. Normal, non ?

 

Claudine Laurent

Ferrante l amica geniale l amie prodigieuse copie 1L'amica geniale –  l'amie prodigieuse
Ferrante l amore molesto 1L'amore molesto 1

ANONYMAT LITTÉRAIRE

POUR

 

Vous avez tous lu ou lirez l’histoire en quatre parties de ces deux jeunes Napolitaines,désargentées, Lenu et Lila, et qui commence avec l’Amie prodigieuse que recommande Daniel Pennac ; l’auteur, Elena Ferrante, a été si bien accueillie qu’on l’a citée pour le prix Nobel de littérature …pas moins !

Or l’auteur refuse de se faire connaître et ne répond aux interviews que par mail.

Mais voilà qu’un journaliste économique  a fouillé dans les données immobilières et fiscales pour affirmer que toutes ces données coïncident avec celles d’une traductrice de la maison d’édition ! ce type est un hacker de l’anonymat !

Mais qui diable se soucie de savoir qui se cache derrière un pseudonyme ? C’est le livre qui compte –indéniablement une histoire prenante, une description des petites gens de Naples de l’après-guerre, une approche de la psychologie d’adolescentes frustrées dans un monde de machos et de maffieux (je simplifie !).

Cette enquête, loin d’apporter des félicitations au fouille-comptes, commence à lui valoir indignation et mépris.

Erri de Lucca, auteur lui bien connu, s’insurge : « Qui voulez-vous que ça intéresse, la véritable identité d’Elena Ferrante ? » ; et l’éditeur trouve cette enquête inutile « dégoûtante ».

 

 Ceci est un préambule à une discussion que nous vous invitons à mener sur le site ou au comité de lecture : est-il utile de connaître le vrai nom d’un auteur ? est-il correct de violer un anonymat désiré ???

A vous, lecteurs !

Claudine Laurent

CONTRE

 

La réaction indignée de l'intelligentsia littéraire me choque. Le lecteur populaire, à coup sûr une des cibles d'Elena Ferrante, a bien le droit de se passionner pour un mystère qui dure depuis la parution de son premier roman, il y a 24 ans : « Tu te caches ? Eh bien moi, je vais te trouver ! ».

Ajoutons que l'auteure a amplement profité - médiatiquement et financièrement - de son anonymat. Qu'elle en subisse aujourd'hui le contrecoup n'a rien de scandaleux. Son véritable nom est désormais connu des initiés, et certains disent déjà "Ho la nostalgia di Elena Ferrante".

Personnellement, je ne vois pas où est le mal à connaître l'identité d'un auteur. Si ça vous intéresse, je vous la dévoilerai.

François Gent

Date de dernière mise à jour : 30/07/2017